La compression du son est une technique largement utilisée qui atténue les nuances du son, et ce n'est pas sans danger. Thomas Dutronc en a fait la démonstration sur la scène du Théâtre du Châtelet mardi soir 1er février 2022.

Vidéo MrZindozs JT du 14/01/13 france 3 2:28

Le chanteur et musicien Thomas Dutronc démontre les méfaits du son compressé, qui sévit actuellement sur tout, des plateformes de streaming à la diffusion, au Théâtre du Châtelet le mardi 1er février 2022, lors d'un gala organisé par l'association La Semaine du son (Affilié à Social Voice Enjeux), avec le soutien de l'UNESCO.

Thomas Dutronc entend alerter sur un procédé sonore répandu mais encore méconnu qui, à la longue, est préjudiciable à l'ouïe...

Ainsi, accompagné de sept musiciens, il alterne compositions non compressées et compressées. "Entendez-vous la différence ?" lance le guitariste. Un grand "oui" s'élève du public qui découvre les dessous de la compression sonore. Et soyez conscient du risque d'abus répétés dans les débats présentant des résultats scientifiques.

Une technique de mixage née dans les années 60 puis détournée

A l'origine, dans les années 1960, cette technique de mixage est née d'une bonne idée : "rééquilibrer les instruments", comme mélanger guitares et batterie en harmonie, explique Christian Hugonnet, ingénieur acoustique et fondateur de la Semaine du Son Society. Mais avec le temps la compression s'est mal faite.

C'est un chausse-pied, on écrase un soufflé sonore en une galette, et on ramène toutes les galettes vers le niveau "fort". Le résultat est « au-dessus de tout, du bruit de la ville, du métro, ça flatte l'oreille qui est paresseuse, qui n'a plus d'efforts à faire, ça rentre, sans nuance ». Christian Hugonnet, acousticien.

Une prestation édifiante de Thomas Dutronc

Thomas Dutronc en fait la démonstration au Châtelet : il joue quatre extraits de titres en trois versions, non compressée, compressée et à nouveau non compressée. Derrière lui, la courbe sonore de la prestation est diffusée sur grand écran. En non compressé, on voit des pics et des creux sonores. En compressé, les reliefs s'estompent et la courbe se tasse dans la partie haute du volume sonore.

Ce que la musique a perdu en contrastes avec le compressé - on entend moins le souffle du chanteur ou les respirations entre les accords - elle le gagne en densité. On voit bien la tentation pour les musiques actuelles d'obtenir ainsi un effet de rouleau-compresseur, avec un son qui ne désemplit pas.

« En l'absence totale de micro-silence, l'oreille ne se repose plus, ses systèmes de protection lâchent à force d'être sur-sollicités ». Christian Hugonnet, acousticien.

Les dangers de la compression sonore

Dès lors, les problème auditifs guettent. C'est ce qu'établit une étude sur des cochons d'Inde, présentée par la faculté de Médecine de l'Université Clermont Auvergne (UCA). L'exposition "répétée - typique des auditeurs de musique - à la musique compressée est potentiellement dangereuse pour la sensibilité auditive", peut-on lire dans la synthèse de cette expérimentation. Dans ce cadre, "des acouphènes sont possibles, ils font partie des signes de fatigue", souligne le Pr Paul Avan, l'un des co-auteurs de l'étude.

"Il faudrait éviter cette fatigue sonore, il y a une éducation à faire, un message à faire passer", commente Thomas Dutronc. Pour l'artiste, l'époque se prête à un changement des pratiques, sur le modèle "de ce qui s'est fait avec le bio". "Il faut gratter derrière ce qu'on nous donne, maintenant qu'on sait, les gens qui font ce business vont être obligés de passer à quelque chose de plus humain, de plus chaleureux".

Natacha Krantz, directrice de la communication de la maison de disque Universal France, va dans ce sens lors du débat. "On va travailler pendant un an autour d'un label qualité sonore avec des artistes comme Thomas, l'Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique), La semaine du son (dans le giron de l'Unesco) pour trouver une juste mesure, une ligne rouge à ne pas dépasser".

Roberto Alagna | INTVW RENCONTRE • La Semaine du Son de l’UNESCO 2022.

Découvrez l’intégralité de l’interview de Roberto Alagna par Christian Hugonnet, Président-Fondateur de La Semaine du Son de l’UNESCO, dont il est le parrain cette année 2022.

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